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[FR] Le triptyque « Penser, écrire, diffuser» - La tribune de Joël-Armel Nandjui

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Penser, écrire, diffuser...

Les mutations de notre monde suivent un chemin similaire. Elles commencent d’abord par les germes d’une idée qui foisonnent dans l’esprit d’un Homme. L’idée arrive à maturité lorsqu’elle se confronte aux autres esprits qui l’entourent, une fois mature elle sort de son immatérialité pour devenir un écrit. Diffusée puis rendue accessible au plus grand nombre ; cette idée peut devenir alors une bombe, engendrer les plus belles aventures humaines, et être à la base d’un changement profond de la société. Lorsqu’on se penche sur l’histoire du monde, on peut se rendre compte de l’efficacité du triptyque « penser, écrire, diffuser ». Ce sont les idées des Lumières, portées au 18e siècle par Voltaire qui ont « tué» la monarchie française en 1789. Ce sont également les tressaillements de penser de John Locke qui sont la base de la déclaration d’indépendance des États-Unis. Les grands bouleversements et les grandes mutations de notre monde débutent toujours par une idée qui telle une lumière guide le destin des hommes vers la fin de la grande nuit.

Penser, écrire, diffuser

Sur le continent Africain, les populations attendent qu’une vague de changements les emporte vers des lendemains heureux. Cette attente se prolonge sans que l’horizon ne s’éclaircisse. Peut-on croire à une réelle mutation sur un continent sans idée directrice, où la pensée des intellectuels reste peu audible ? Où le gap entre les intellectuels et le peuple ne cesse de se creuser ?

Et pourtant, les idées ont toujours foisonné sur le continent. Écrivains et intellectuels n’ont cessé de palier à ce manque d’idéologie directrice. Les écrits de Cheikh Anta Diop, de Cheikh Hamidou Kane ou encore de Mongo Beti prouvent que la bataille pour penser notre monde et définir notre futur n’est pas perdue. Nos intellectuels pensent et écrivent, mais sans diffusion l’impact de leur travail reste limité. Pour espérer produire un changement de société, il faut que le triptyque soit complet « penser, écrire, diffuser». Les idées n’essaiment pas sur le continent, le peuple a très peu accès à la production intellectuelle. Le livre est un luxe qui ne circule que dans les sphères les plus aisées. Lire devient un attribut de classe et le manque de volonté politique entérine cet état de fait. Le vieux mythe de l’africain qui ne lit pas est tellement ancré dans notre subconscient qu’il en est devenu une vérité. Le continent s’éloigne un peu plus d’un réel changement de société.

Penser, écrire diffuser

Les changements que nous appelons de nos vœux pour notre continent doivent être portés par une idéologie, sans quoi cela reste une gageure. Pour définir cette base qui devra englober tous les secteurs de la société, les populations devront se réapproprier par le livre, la pensée de ceux qui ont été et la confronter à celle de ceux qui pensent le présent.

Cet effort devra être suivi d’une diffusion massive : le livre devra être accessible partout. Il faut que dans toute l’Afrique les populations lisent Frantz Fanon, Felwine Sarr, Ahmadou Kourouma, Harris Memel-Fotê, Souleymane Bachir Diagne ou encore W.E.B. Du Bois pour construire un idéal en parfaite harmonie avec ce que nous sommes. Le monde de l’Édition et les écrivains doivent faire leur part. De leur action dépendra vraisemblablement le sort de notre continent. En ce XXIè siècle, notre plus grand espoir réside dans l’innovation qui a simplifié la diffusion des idées à travers des outils qu’il nous faudra nous approprier pour répondre aux défis de notre génération.

Si nous donnons aux peuples les éléments pour nourrir sa pensée, pour se conscientiser et pour le faire sortir de sa léthargie, il y a fort à parier que le XXIè siècle sera celui des grandes mutations africaines. Ce qu’il y a de rassurant c’est que ces bouleversements ne nécessiteront que bien peu de choses : une idée, un stylo et un canal de diffusion.

Penser, écrire, diffuser...

Publishers & Books july 2018 Tribune Libre Joël-Armel Nandjui Cheikh Anta Diop

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