Lyonel trouillot haiti grande interview publishers books by oape juillet 2019

[FR] Haïti - Interview avec Lyonel Trouillot | écrivain haïtien et Responsable de l'atelier "Jeudi soir" par Ricot Marc Sony

Né à Port-au-prince, Lyonel Trouillot est un écrivain haïtien reconnu. Il est également le responsable de l’Atelier Jeudi Soir, qui existe depuis onze ans dans la capitale du pays. Ce laboratoire de l’écriture a permis à plusieurs plumes de voir le jour : Inema Jeudi, Mehdi Chalmers, Wilkens Scott Fifi, Bonel Auguste, Mélissa Béralus, Ricarson Dorcé, Kermonde Lovely Fifi, Marie Ange Claude, Jean d’Amerique… Nous le recevons ce mois, en posture de Grand invité. Entretien exclusif.

> Publishers & Books : Vous êtes écrivain et éditeur haïtien, vous avez publié une quinzaine de livres. Que pouvez nous dire de la production littéraire Haïtienne actuellement ?

Lyonel Trouillot : Difficile de donner une vision d’ensemble. Haïti publierait une moyenne de trois cents titres par an. Il y a de tout, du très bon et du très mauvais. Du compte d’auteur et des maisons d’édition, même s’il faut avouer que certaines maisons font du compte d’auteur déguisé. La zone de vitalité, c’est la production en créole, la poésie en particulier, mais depuis quelque temps, cela bouge aussi dans le domaine de la fiction. Pour la circulation, un millier d’exemplaires, c’est déjà un livre qui s’est bien vendu.

> Vous êtes le responsable de l’Atelier « Jeudi soir ». Quelle est la ligne éditoriale ? L’Atelier est-il ouvert à tous les jeunes écrivains ?

L’Atelier Jeudi Soir est une structure associative qui consiste en un atelier permanent (il existe depuis onze ans) dont les membres animent des ateliers pour des jeunes qui veulent entrer en écriture. Les biens et services culturels sont mal partagés comme le reste en Haïti, et nous essayons de lutter contre l’inégalité en encourageant les talents des jeunes originaires des milieux défavorisés. La maison d’édition publie les livres de ses membres, des premiers livres, et fait une édition haïtienne de livres haïtiens publiés à l’étranger. La ligne éditoriale de l’AJS c’est, bien entendu, la qualité littéraire mais aussi la prise en compte de la relation littérature réalité sociale, sans référence à la notion d’engagement. La question des enjeux sociaux dans ou derrière les jeux littéraires est pour nous fondamentale. L’atelier est ouvert dans la mesure où ses membres se rendent disponibles pour l’animation d’atelier, et tout texte répondant aux exigences mentionnées plus haut peut être publié par notre petite maison.

> Votre pays traverse plusieurs crises, politique, social, économique, quel impact cela à fait sur le marché du livre Haïtien ?

Sur le marché du livre, l’impact vient du structurel, pas du conjoncturel. Les lecteurs potentiels n’ont pas assez d’argent pour se procurer les livres que coûtent cher à la production. Il faudrait baisser les prix, ce qui ne peut se faire sans subvention et sans une baisse du prix des intrants. Mais ce n’est pas une priorité pour l’État, et la corruption prend des formes variées: un député embauchera un « nègre » pour lui écrire un livre qu’il signera, le livre sera acheté par des institutions d’État ; il n’y a pas de critères définis aux subventions, et se commettent énormément de délits d’initiés, par exemple pour les subventions des revues par des organismes internationaux ou des ONG.

> Quel est votre prochain agenda culturel et littéraire dans les semaines et mois à venir ?

Des livres en cours : un recueil de poèmes en créole, un roman en français, un même en créole. Mon agenda, c’est le travail. Quant aux publications, je n’y pense que lorsque, après beaucoup d’hésitation, j’estime que le manuscrit est prêt.

> Un dernier mot à l’intention de nos lecteurs et auditeurs ?

Je continue de me définir comme un citoyen haïtien qui écrit. Avec le regard que je porte à la réalité sociale, ce qui n’est pas en contradiction avec une exigence esthétique. Peut-être une certaine littérature peut-elle nous aider à ouvrir les yeux sur les laideurs et les beautés du monde, sur le réel et le possible. C’est cette littérature que je cherche sans prétendre jamais l’avoir trouvée.

 


Cet article est paru dans le magazine Publishers & Books, de juillet 2019. Propos recueillis par Ricot Marc Sony. © OAPE

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