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[FR] Haïti - Entretien avec Darly Renois, poète créole par Michelle Dougenie Archille

Poète, psychologue, Auteur du recueil de poèmes créole «Retay Mo» paru chez une maison d’édition créolophone. Darly Renois, est un jeune écrivain qui croit fermement à une littérature créole, qui selon lui doit être promue en raison de l’identité Culturelle Haïtienne. À travers une interview exclusive qu’il a accordée à la revue « Publishers & Books », il nous parle de son expérience avec les éditeurs en Haïti, de son écriture et de ses projets.

Publishers & Books : Bonjour Darly Renois. Alors parlez-nous de votre opinion sur la thématique de «poésie créole» ici en Haïti ?
Darly Renois : En me posant cette question, il y a une kyrielle de noms qui défilent dans ma tête. Des noms de grands poètes haïtiens qui ont surdimensionné la poésie créole contemporaine haïtienne. Je me propose de citer un nom pour son travail, pour la révolution qu’il a fait dans la poésie créole Haïtienne. Je veux parler de Georges Castera l’un des plus grandes figures majeures, pour ne pas dire la plus grande figure de la poésie contemporaine d’expressions Créole haïtienne Jòf, Konbelann, Tanbou Kreyòl autant de titres où il a mis en valeur la poésie créole. Dans ma génération il y a des poètes qui font de très beau travail dans la poésie et s’engagent pour que les jeunes poètes produisent de plus en plus dans cette langue des poètes comme Anivince Jean-Baptiste, l’un des fondateurs du Regroupman Ekriven Kreyòl (REK), André Fouad, et tant d’autres. Cela dit, la poésie créole marche très bien, il existe même une Maison d’édition aux Gonaïves qui est spécialisée dans la publication des œuvres uniquement en Créole, et l’arrivé de l’académie Créole Haïtien a joué également sa partition dans ce qu’on pourrait appeler la redynamisation de la langue créole. On peut constater que la poésie créole commence à trouver sa place dans le répertoire des lecteurs d’un peu partout dans la caraïbe. Vous avez plusieurs tribunes : Pawoli, Festival Liv Kafou, Livres en folie, Livres en liberté, et autant de foires du livre, où la poésie Créole s’est dignement représentée.

Comment se faire éditer dans votre pays ?
Se faire éditer en Haïti actuellement ? Le premier pas peut paraître difficile, mais une fois qu’on a une œuvre de valeur l’écrivain s’impose par sa plume, tout devient plus facile. Donc, être un écrivain confirmé serait un atout considérable. Par contre le contraire peut être vrai. On peut se retrouver embobiner par des maisons d’édition pour des raisons claniques. Avant de publier mon premier recueil, j’ai identifié des maisons d’édition qui pourraient avoir de l’intérêt dans mes écrits et dont leur ligne éditoriale est en collaboration avec le texte. J’ai passé des martyrs avant que le poète Manno Ejèn m’ait référé une maison d’édition aux Gonaïves pour la publication de Retay Mo. Par contre, ça arrive souvent à mes congénères et cela m’arrive également où la maison d’édition ne respecte pas son engagement.

À mon avis, c’est un secteur en voie de développement qui mérite qu’on le recadre. Comme je le souligne toujours ce secteur doit être repensé. Il lui faut plus de professionnels de l’édition, plus de rigueur, plus de structuration. C’est un métier noble, le métier d’éditeur, fort malheureusement parfois, il se trouve dans de très mauvaises mains. Je ne dis pas qu’il n’existe pas de très bonnes maisons d’édition en Haïti, mais elles ne sont pas nombreuses. Par contre la plupart des maisons d’édition en Haïti n’ont même pas une ligne éditoriale, elles n’offrent presque aucun avantage à l’auteur, rare sont celles qui assurent la promotion de l’œuvre de l’auteur. De très souvent l’œuvre est publiée telle qu’elle a été reçue avec toutes les fautes inimaginables. On comprend alors la raison pour laquelle certains auteurs à trouver mieux ailleurs. Nous assistons de préférence à une prolifération de maisons d’édition Foknanpwen (sans refuser) pour reprendre Lyonel Trouillot.

Pourquoi selon vous, on devrait produire en créole dans la Caraïbe ?
J’apprécie énormément cette question. Elle me permet de mettre en exergue une réflexion que je n’arrête pas de renchérir. Nous sommes un peuple qui partage des histoires, nous partageons également la même identité culturelle, disons mieux, nous avons ce patrimoine en commun et nous partageons des valeurs qui nous permettent d’exister en tant que peuple de la Caraïbes. Nous sommes liés par un tissu social très fort et ce lien n’est autre que cette langue : le Créole. Alors, il est d’une importance capitale de produire des œuvres en créole si nous voulons que le peuple caribéen reste unifié, si nous voulons rester en communication.

Nous sommes dans une revue des livres et de l’édition...Quelle est votre regard sur l’émergence de l’e-book ?
Je pense que c’est une belle opportunité qui s’ouvre à nous autres écrivains et éditeurs, mais malheureusement peu exploité par le secteur de l’édition en Haïti. La vente en ligne des œuvres des auteurs haïtiens peut s’avérer lucrative pour les parties concernées. Je propose à ce que les maisons d’édition haïtiennes s’investissent dans l’e-book afn de permettre aux gens du monde d’avoir accès aux œuvres des écrivains haïtiens.

Quels sont vos projets d’écriture après la publication de « Retay Mo » ?
Mes projets sont nombreux, mais l’une de mes priorités, c’est d’achever et de rendre Vivant Kòlè moun fou un recueil de nouvelle qui est la lecture vivante de nos politiciens ignares qui dirigent sans cœur et sans obséquiosité le peuple haïtien, nous qui avons la plus émouvante histoire du monde. Je suis en train de travailler aussi sur Batistè Lavi une présentation de nos pratiques quotidiennes, et deux textes en français Face anonyme, silence étouffé qui est un texte qui fait le panorama du destin de notre chère Haïti, souffrant des mille et une misère.

Votre pays traverse plusieurs crises sociopolitiques. Quelles sont les conséquences sur l’industrie du livre ?
Depuis plusieurs pas de tâches plus exaltantes que cela. Mon souhait, c’est que tous les habitants de mon pays et du monde deviennent des lecteurs pour accéder aux trésors de la pensée et de la beauté.

Terminons cet entretien par quelques poètes créolophones qui vous inspirent...
Il y a beaucoup de poètes créolophones qui m’a inspiré, envers eux j’ai beaucoup de gratitude littéraire, des poètes comme Georges Castera, Syto Cavé, Joseph Josaphat Large, Inema Jeudi, Manno Ejèn, Iléus Papillon, j’ai creusé leurs poèmes même à partir du vide.

 


Cet entretien a été publié dans la revue "Publishers & Books" de l'Observatoire africain des professionnels de l'édition (OAPE). Avril 2019. © OAPE 2019.

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