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[FR] Bénin - 03 questions à... Dieudonné Gnammankou, président de l'APEL - Bénin et de Dagan Editions

Dieudonné Gnammankou est directeur des Éditions DAGAN et Directeur associé des Éditions Books of Africa (Londres). Il a été élu Président de l’APEL, l’Association Professionnelle des Éditeurs de Livres du Bénin. Entretien avec Ulrich Talla Wamba.

Quelles sont les politiques de soutien public au livre dans votre pays ?

J’ai posé en son temps la question aux trois Directeurs du livre en poste ces trois dernières années et je n’ai pas obtenu une réponse claire. En 2017, par exemple, une dotation d’environ cinquante millions de francs avait été allouée par l’État pour l’organisation du SLNC, Salon National du Livre de Cotonou, et la participation d’une délégation béninoise au Salon du livre de Paris, ce qui pour certains, était déjà pas mal ! Quand on sait que le budget du Salon du Livre de Yaoundé en 2016 dépassait les 400 millions de francs CFA, le chemin à parcourir me paraît encore long. Il est incompréhensible que l’aide au secteur du livre soit jusque-là très faible malgré l’existence depuis plusieurs années du Fonds d’Aide à la Culture qui était doté de 5 à 6 milliards pour tous les secteurs relevant des arts et de la culture. Nous osons espérer que les réformes qui sont en cours actuellement au ministère de la Culture permettront de mieux définir le soutien que l’État apportera désormais au secteur du livre. Ces dernières années, les aides publiques à l’édition d’ouvrages étaient apportées aux auteurs et non aux éditeurs. Des mesures devraient être prises pour que les éditeurs puissent bénéficier de l’appui des pouvoirs publics. Nous attendons du ministère de la Culture et de la Direction des Arts et du Livre des informations précises sur le rôle qu’entend jouer l’État, sur les budgets qui seront alloués annuellement au secteur du livre et de l’édition, sur la création de bibliothèques dignes de ce nom dans chacun des douze départements que compte le pays. J’espère que nos autorités accepteront l’idée que l’État doit fortement investir dans le secteur du livre comme il l'ait dans l’agriculture pour développer des filières. Dans le domaine de la culture, des filières comme celle du livre doivent devenir une véritable industrie pourvoyeuse d’emplois. Pour ce faire, la professionnalisation du secteur est également prioritaire et l’État doit par conséquent mettre en place des formations relatives aux différents métiers du livre et de l’édition. Formations actuellement inexistantes…


Comment jugez-vous la qualité d’impression au Bénin ?

À dire vrai, c’est parfois un véritable parcours du combattant pour dénicher l’imprimeur performant qui répond aux demandes de qualité de finition que réclament les éditeurs exigeants. On finit par trouver, bien sûr, des imprimeries de haut niveau, bien équipées qui font un travail remarquable. Elles peuvent être compétitives dans le rapport qualité-prix. C’est important parce que certains éditeurs locaux préféraient jusque-là imprimer hors du Bénin. Aujourd’hui, on peut obtenir des livres de belle facture imprimés sur place. Et même des livres reliés, cartonnés, qui n’ont rien à envier à ce qui se fait ailleurs. Les prix de revient peuvent être intéressants parce que le système de diffusion et de distribution quasi-inexistante n’absorbe pas encore des pourcentages inimaginables ici comme on le voit en France ou en Suisse par exemple où pour fixer son prix de vente, l’éditeur doit appliquer un coefficient multiplicateur supérieur à cinq ! Aujourd’hui, on peut obtenir des livres de belle facture imprimés sur place. Les imprimeries locales offrent principalement des impressions sur machines offset. L’impression numérique sur papier à petit tirage ne me semble pas encore compétitive par rapport à ce qui se fait ailleurs. Nous aimerions qu’il y ait plus d’imprimeurs qui soient spécialisés dans le livre uniquement, car la plupart font toutes les prestations d’imprimerie pour des questions de rentabilité.


Quelle est l’offre de la formation aux métiers d’éditeur ici ? Et quels sont vos principaux défis ?

Ah, c’est le point faible du secteur du livre au Bénin, la formation au métier d’éditeur de livres n’existe pas vraiment en tant que formation sanctionnée par un diplôme d’Etat. La plupart ont appris sur le tas et ont pratiqué dans des maisons d’édition locales ou étrangères avant de se mettre à leur compte. J’ai proposé à l’UAC (Université d’Abomey-Calavi), la principale université nationale au Bénin, un Master pro Métiers du livre et de l’édition. J’espère que ce sera opérationnel à la rentrée prochaine à l’INMAAC (Institut National des Métiers d’Art, Archéologie et Culture).

Pour ce qui est des défis, nous avons : Obtenir un soutien digne de ce nom de la part de l’État béninois pour développer l’édition. La maîtrise du coût d’impression des livres en vue de pouvoir fixer des prix de vente en adéquation avec le niveau de vie des Béninois. Le SMIC est à 41 000 francs. Le développement des principaux salons du livre en arrivant à mobiliser le public béninois qui ne se déplace pas massivement lors des événements littéraires. Obtenir un soutien digne de ce nom de la part de l’État béninois pour développer l’édition. Enfin, la formation aux différents métiers du livre y compris de la librairie.

 


Propos recueillis par Ulrich Talla Wamba pour Publishers & Books

Ulrich Talla Wamba Dieudonné Gnammankou Dagan Editions APEL - Bénin Editions Books of Africa

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